Vindigo, le vin bleu : tendance estivale ou vraie révolution de l’œnologie ?

Publié le 6 août 2018

Par Gaël Petton

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Un vin bleu. Pas gris, pas rosé pâle. Bleu. Comme un curaçao, comme la mer par beau temps. Figurez-vous que ce produit a débarqué en France à l’été 2018 et a aussitôt mis le monde du vin sens dessus dessous. Certains ont crié au génie marketing. D’autres ont levé les yeux au ciel. Et les amateurs de vin, eux, se sont posé une question simple : mais qu’est-ce que c’est vraiment, ce Vindigo ?

On a épluché les articles, les études scientifiques et les textes réglementaires pour vous. Voici ce qu’il faut savoir, sans se laisser embrouiller par la couleur.

Qu’est-ce que le Vindigo exactement ?

Le Vindigo, c’est un jeu de mots avant d’être une bouteille. « Vin » + « indigo » : la couleur et le produit en un seul mot. Malin, avouons-le.

Concrètement, il s’agit d’un vin bleu espagnol, produit à Almería, en Andalousie. C’est René Le Bail, un entrepreneur basé à Sète, qui le commercialise en France à partir de l’été 2018. La bouteille se vend autour de 12 € et affiche 11° d’alcool. Ainsi, si vous avez besoin d’une solution pour identifier vos bouteilles, vous saurez quoi mettre sur cette étiquette-ci !

Côté profil aromatique, les producteurs revendiquent :

  • des arômes de cerise, de mûre et de fruit de la passion

  • une bouche légère et fruitée

  • une touche sucrée en fin

Bref, un vin d’apéritif avant tout. Facile à boire, accessible, conçu pour surprendre et faire parler à table.

Avant le Vindigo, il y avait déjà eu Gïk. Cette marque espagnole avait lancé ses propres vins bleus en 2016, élaborés à partir de raisins blancs et rouges avec des pigments naturels et des colorants. Gïk avait été commercialisé brièvement en France, puis retiré pour non-conformité aux règles d’étiquetage. Le Vindigo, lui, a repris le flambeau avec plus d’ambition… et les mêmes questions réglementaires en embuscade.

Comment est fabriqué le vin bleu ?

La version officielle est séduisante. Selon les producteurs, le Vindigo serait issu de Chardonnay à 100 %, macéré avec des peaux de raisins noirs. Pas de colorant ajouté, assurent-ils. La couleur bleue proviendrait des anthocyanes, ces pigments végétaux présents dans les peaux de raisins.

Bon. Jusqu’ici, ça tient la route… sur le papier.

Car dans la réalité de la chimie du vin, le raisonnement accroche. Les anthocyanes sont bleues en milieu basique, c’est-à-dire à un pH supérieur à 7. Or le vin est un liquide acide, avec un pH compris entre 3 et 4. Dans ce contexte, les anthocyanes tirent plutôt vers le rouge ou le violet. Obtenir un bleu intense et stable via les anthocyanes seules ? Chimiquement impossible.

Alors d’où vient ce bleu si net ? Voyons ce que les scientifiques en disent.

La controverse : naturel ou pas ?

Et là… surprise.

Des étudiants en chimie de l’Université Paul-Sabatier de Toulouse se sont penchés sur la question en 2019. Leur étude, publiée dans la revue European Food Research and Technology*, révèle la présence de colorant alimentaire E133 (Bleu Brillant FCF) dans le Vindigo et dans une autre boisson similaire, l’Imajyne.

Le E133 est un colorant alimentaire de synthèse, autorisé dans l’alimentation, mais non déclaré sur l’étiquette du Vindigo. C’est là que les choses se compliquent.

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a ouvert une enquête. Conclusion côté sécurité alimentaire : aucun risque sanitaire. Les doses de E133 détectées restent très inférieures aux doses journalières admissibles. Vous pouvez donc boire ce verre sans craindre pour votre santé.

En revanche, côté étiquetage et classification, la situation est moins confortable pour la marque.

Le vin bleu est-il légal en France ?

C’est la question que beaucoup se posent. La réponse courte : le Vindigo ne peut pas légalement s’appeler « vin » en France.

Voici pourquoi. Selon la réglementation européenne et les normes de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV), tout ajout de colorant fait basculer le produit de la catégorie « vin » vers celle de « boisson à base de vin ». Ce n’est pas un détail d’étiquette. C’est une classification légale qui change tout : la mention sur la bouteille, les droits de commercialisation, la fiscalité.

Et la loi française est encore plus stricte : toute coloration non naturelle du vin est strictement interdite sur le territoire. Ce n’est pas une première affaire du genre. Une grande enseigne de distribution avait déjà retiré de ses rayons un vin bleu quelques années plus tôt, pour une raison identique : présence d’un pigment non déclaré sur l’étiquette.

Le Vindigo a connu des modifications d’étiquetage au fil du temps, et sa disponibilité reste aujourd’hui très limitée. La réalité réglementaire a rattrapé le buzz marketing.

Notre avis chez Ma Cave Innovante

Soyons francs : le Vindigo est un formidable objet de marketing du vin. Il a réussi quelque chose de rare : faire parler de vin à des gens qui ne parlent pas habituellement de vin. Pour ça, chapeau bas.

Mais en tant qu’amateurs et praticiens du rangement de cave, on ne va pas vous raconter d’histoires. Un vin dont la couleur interpelle les chimistes, dont la classification légale reste floue, et dont la disponibilité dépend des aléas réglementaires : ce n’est pas le genre de bouteille qu’on vous recommande de stocker sur la durée.

Souhaiteriez-vous découvrir ce vin bleu par curiosité ? Pourquoi pas une dégustation, histoire de cocher la case. Mais pas plus.

Et puis, avouons-le : chez Scanwine, le bleu n’a jamais figuré dans notre palette de couleurs pour identifier vos bouteilles. On préfère vous proposer des repères fiables, clairs, et qui durent plus d’un été.

Conclusion : rangez votre cave avec des couleurs qui tiennent

Le Vindigo restera sans doute dans les annales comme une belle tentative de bousculer les codes d’une filière pas toujours très souple. Mais la tendance alimentaire a fait long feu, et la réglementation a dit ce qu’elle avait à dire.

Dans votre cave, en revanche, les couleurs qui comptent vraiment sont au nombre de trois :

Trois couleurs. Simples, pratiques, durables. Aucun colorant E133 dedans, on vous le garantit.

Si le Vindigo n’a tenu qu’un seul été, nos Clipogoulo, eux, accompagnent vos bouteilles pour des années.

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